Interruption d’une pièce de Roméo Castellucci (Collectif)

Le 20 septembre 2011, c’était la première parisienne au Théâtre de la Ville, de la pièce de Roméo Castellucci Sur le concept du visage du fils de Dieu, créée, l’été 2011 au festival d’Avignon :

 « Dans la pièce de Roméo Castellucci, un vieil homme est victime d’incontinences incontrôlées, il répand sur son lit et sur le sol des litres d’excréments [dont l’odeur atteint l’ensemble des spectateur]. A ses côtés, son fils prend soin de lui, mais finit par s’épuiser et à s’en remettre à une immense figure du Christ, qui domine la scène, en se plaquant contre ses lèvres. A cet instant, un liquide sombre dégouline sur l’image du Christ, qui se gondole et se déchire[1]».

La pièce se déroule sous le regard d’un « Christ impassible », celui de la reproduction du tableau de Antonnello da Messina : Le Sauveur du Monde.

Tout au long de sa programmation, la pièce a subit les attaques de plusieurs groupuscules extrémistes catholiques et d’extrême-droite, tels que l’Action française, le Renouveau français, France Action Jeunesse, les catholiques intégristes de l’institut Civitas, le Mouvement de la jeunesse catholique de France (MJCF), ces derniers avaient détruit en avril la photographie d’Andres Serrano, « Piss Christ », à Avignon. Depuis le début de l’année 2011, les groupes du Renouveau français et de Civitas multiplient leurs actions. Ce sont un millier d’adhérents qui constitue le gros des troupes et rassemble essentiellement des cathos intégristes proches de la Fraternité Saint-Pie-X fondée par Mgr Marcel Lefebvre et qui a rompu avec l’Eglise officielle. Comme l’écrivent Les Inrockupibles « la pièce est victime d’une bande de personnes en mal de reconnaissance et d’audience qui ont trouvé là un point de ralliement commode, mais injustifiable[2] ».

Un certain nombre de lettres protestant contre la programmation du spectacle avaient été envoyées au Théâtre de la Ville ce qui avait incité les organisateurs à solliciter un dispositif policier massif le jour de la représentation : trois fourgons devant le bâtiment, un bus sur le côté gauche et deux autres fourgons devant l’entrée des artistes, plus des policiers en tenue et en civil.

Lors de certaines représentations, deux activistes sont parvenus à se planter au balcon en menaçant de verser de l’huile de vidange sur les spectateurs qui attendaient l’ouverture des portes. Ces actes d’obstruction se manifestent aussi dans le hall d’accueil, où plusieurs d’entre eux tentent de barrer l’entrée du Théâtre de la Ville et lancent des fumigènes.

Au bout d’un quart d’heure de représentation, une demi-douzaine de jeunes militants qui avaient réussi à s’infiltrer se détachent des gradins et se précipitent sur la scène. Ils renversent une partie du décor et déplient une banderole « La christianophobie, ça suffit !».  Tels des pénitents, ils s’agenouillent, bras dessus, bras dessous,  en chantant des cantiques. Le public, avisé sur la petite nature de ces activistes, et non sans provocation, leur crie par défit : « A poil ! A poil ! », tandis que d’autres hurlent qu’il faut dégager ces « fascistes ». La police en grand effectif déboule alors pour déloger de force mais sans violence les troublions de la scène. Malgré la confrontation en grand effectif, cette intervention n’a pas ébranlé l’amour pour des spectateurs pour la pièce. Une fois rassurés par le directeur essoufflé, Emmanuel Demarcy Motta, ils apprennent que le spectacle va reprendre.

Un an plus tard, le 13 novembre 2012, suite à une représentation de la même pièce au Théâtre de Maillon, l’association Avenir de la Culture, qui se présente comme un rassemblement de laïques catholiques, porte plainte contre X pour « Blasphème pour Dieu », à Strasbourg où le droit local permet encore cette qualification surannée (Article 166). L’Église catholique de France déclare « Nous ne la considérons pas comme blasphématoire car il n’y a pas de volonté de souiller le visage du Christ, il s’agit d’une mise en scène des souffrances de l’être humain… Ce qui est compatible avec la doctrine chrétienne, ainsi il n’est pas blasphématoire de crucifier Jésus[3] ».

Roméo Castellucci n’a pas eu envie de commenter ce qui s’est passé :

« cela ne concerne pas le public – dit-il-, mais la réaction très violente et agressive de quelques-uns qui n’ont pas vu le spectacle et qui ne savent donc pas de quoi ils parlent. En revanche, beaucoup de catholiques ont vu mon spectacle et l’ont aimé. Ces problèmes concernent plus la société française et il ne m’appartient pas de les commenter. Sur le Concept du visage du fils de Dieu a par exemple été joué en Pologne, pays très catholique ; les réactions et les rencontres avec le public y ont été magnifiques. D’ailleurs, en général, les réactions diffèrent peu selon les publics – je parle du vrai public, celui qui a vu le spectacle – ou les pays dans lesquels nous jouons. »

[3] http://www.rue89strasbourg.com/index.php/2012/11/16/societe/plainte-pour-blaspheme-contre-la-piece-de-castellucci-au-maillon/

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