Category Archives: Eclat de rire

Le magma de la télécommunication mexicain, Carlos Slim, interrompu par un fou rire à la New-York Public Library

Ici : vidéo de l’interruption par le rire

 

Le 14 mai 2012, le magma de la télécommunication Carlos Slim, l’homme d’affaire mexicain considéré comme l’homme le plus riche du monde au coude-à-coude avec Bill Gate, fut interrompu à la New-York Public Library où il donnait une conférence. Responsable désigné : la risée houleuse des militants.

Carlos Slim avait été invité par la prestigieuse bibliothèque à l’occasion de son récent investissement dans le développement de cours gratuits mis en ligne par la Khan Académie. Cette association sans but lucratif fondée en 2006 par Salman Kahn a pour objectif de « fournir un enseignement de grande qualité à tous, partout ». Elle publie, pour cela, plus de 2200 mini-leçons via des tutoriels vidéo stockés sur YouTube abordant les mathématiques, l’histoire, la finance, la physique, la chimie, la biologie, l’astronomie, l’art pictural et l’économie… Ces tutoriels sont diffusés sous la licence Creative Commons paternité, c’est-à-dire, hors utilisation commerciale, avec des conditions identiques à l’initiale 3.0. La Khan Académie collabore, entre autres associations partenaires, avec le Centre Lewis pour la Recherche Pédagogique (en), affilié à la NASA qui distribue les contenus dans des écoles des États-Unis, et World Possible, qui crée des copies hors-ligne permettant la distribution dans des régions rurales avec peu ou pas d’accès à Internet[1]. Dans sa chartre scolaire, elle affirme que son principe « pourrait être l’ADN d’une école dans le monde réel où les étudiants passeraient 20 pourcents de leur journée à regarder des vidéos et s’exercer à leur rythme, et le reste de leur temps à construire des robots, peindre des tableaux, composer de la musique ou toutes sortes d’autres choses. »

Cependant, le soir de l’évènement new-yorkais, la pilule caritative n’est pas bien passée. Selon les sociétés de classement des grandes  richesses, la fortune de Carlos Slim ne pèse pas loin de 73 milliards de dollars en 2013. Ses entreprises, parmi lesquelles Telmex (90% du marché des télécoms) ou Grupo Carso, réalisaient 3% du PIB mexicain et représentaient 10% de la capitalisation de la Bourse de Mexico. C’est ce monopole qu’ont dénoncé les militants de l’organisation « Two countries one voice ». Cette association, qui regroupe des organisations de la communauté hispanique du pays, est née à Las Vegas avec l’ambition de « donner une voix à tous ceux qui ne peuvent parler du dehors ». Elle cherche à dévoiler le niveau de la fortune de Slim et l’impact des procédés de gestion de télécommunication du milliardaire qui amasse une richesse colossale sur le dos des Mexicains. Les Américains dont les parents sont établis au Mexiques dépendent d’une politique de prix déloyale ordonnée par l’Amérique Movil SAB[2]. Le 14 mai dernier, « Two coutries one voice » a été rejoint par d’autres citoyens militants, notamment par les Yes men[3].

Trente minutes  après le début de sa conférence, donc,  la voix Carlos Slim fut noyée sous les hoquets des militants incapables d’avaler les couleuvres de l’altruisme prétendu de Slim.  Ils étaient une cinquantaine dans le public. Finalement, un homme qui riait prit la parole pour expliquer à l’audience stupéfaite: « Carlos Slim, votre charité est risible. Mais vos monopoles ne sont pas sujet de plaisanterie. Votre augmentation des prix affecte les consommateurs et exploite le peuple mexicain ! ». Les activistes commencèrent alors à jouer « La marche de la mort de l’empire » des films Star Wars en sortant à la queue-leuleu.

Une fois les activistes dehors, un ami de Slim se tourne vers le milliardaire et lui dit : « Bienvenu à New-York ! » – « Ce n’est pas seulement New-York », répond Carlos Slim qui avait déjà été interrompu à Manhattan où il avait donné une conférence…

Sur le site de l’agence de classement Bloomberg, on peut lire que le président de la bibliothèque, Tony Marx, modérateur du débat, avait eu vent de cette action planifiée. Selon lui, un courrier électronique d’Andy Bichlbaum, membre des Yes men, lui était parvenu la semaine précédant l’évènement. Il avait alors mis de côté cette menace d’un inconnu. Le jour suivant, Andy Bichlbaum était cité dans la presse comme l’un organisateur de la protestation, bien que lui-même se dise n’être qu’un sympathisant[4].

L’agence Bloomberg suggère aussi qu’Andres Ramirez, autre stratège de la communication politique, a aidé à forger « Two countries one voice » en promouvant le mouvement sur le web et a payé les manifestants présents le 14 mai. Selon l’agence de classement, Andres Ramirez fait bénévolement des faveurs aux activistes de différents bords lorsque ceux-ci l’aide à lutter contre la concurrence. « Two countries one voice » aurait donc appelé sa société (appelée groupe Ramirez) pour les aider.

L’attachée de presse pour les sociétés de Slim s’est refusée à tout commentaire dans l’immédiat, mais elle aurait vigoureusement discuté les plaintes de surfacturation des consommateurs.

Ces affirmations laissent entendre, d’une part, que l’organisation achète ses sympathisants, d’autre part, qu’elle est elle-même appuyées par l’entreprise d’Andres Ramirez. Or,  Bloomberg ajoute que « Ramirez est apparu aux évènement patronnés par l’Amérique Azteca, un réseau américain de télévision appartenant à un autre milliardaire mexicain, Ricardo Salinas (Grupo Iusacell SA) [5] ».

Ramirez a rejeté cette accusation et rebondit dessus pour dénoncer l’immense influence de Carlos Slim sur l’information mexicaine. À travers les insinuations de Bloomberg, il pointe du doigt « une colonne exempte de faits ou normes journalistiques. Cette colonne « le déforme dans un effort visant à pousser la propagande en faveur de Slim, tout en poursuivant une allégation fausse selon laquelle notre organisation serait financée par les groupes Salinas, ou servirait aux groupes à pour se mettre en avant.[6]»

L’idée de rire au nez de Carlos Slim fut inspirée d’une action passée en Inde lors de laquelle des centaines de personnes restèrent plusieurs jours rassemblées devant le bureau du gouverneur. La foule avait pour but de rire pour montrer que le pouvoir du gouverneur ne pouvait l’effrayée ou le contrôler. Andy Bichlbaum raconta qu’ils rirent même du nom du gouverneur : « il ne quitta pas immédiatement le bureau, mais quant le prochain tour des élections arriva, on vota son départ.»

L’apparente générosité de Slim s’inscrit donc dans la longue tradition des œuvres caritatives. Grâce à elles, les grosses fortunes blanchissent leur image et justifient la poursuite de leurs stratégies d’enrichissement. En fait, le lieu-même de la protestation – la New York Public Library – est un produit du système économique véreux du siècle dernier. Au début des années 1900, la famille des Carnegie versa des millions de dollars en donation pour la création d’une bibliothèque publique au centre de New-York. Apparemment un doux accord, jusqu’à ce qu’on se rappelle que les Carnegies ont amassé leur inconcevable fortune grâce à des alliances de pouvoir écrasantes, exploitant les travailleurs dans leurs entreprises mines d’acier et de chemins de fer, pour bâtir leur empire. L’un de leurs faits est particulièrement notable, connu sous le nom de « Grève de la ferme » en 1892 (Homestead Strike). Lors de ces protestations de milliers de travailleurs en grève, Carnegie fit réprimer les mouvements en engageant une armée de mercenaires. L’armée accomplit, d’abord, les travaux délaissés, ensuite, elle massacra les grévistes. Pour effacer sa triste réputation, la famille Carnegie a injecté des millions d’argent sale dans l’espace public, notamment dans la construction de la bibliothèque new-yorkaise dénommée – sans surprise  – en leur honneur[7] .

 

Group of activists paints the U.S.-Mexico border wall between Ciudad Juarez and New Mexico as a symbol of protest against U.S. President Donald Trump's new immigration reform in Ciudad Juarez, Mexico

Un groupe d’activistes peint le mur de frontière USA-Mexique, entre la ville de Juarez et New Mexico, en signe de protestation contre la nouvelle politique d’immigration du président Donald, instaurée dans la ville de Juarez le 26 février 2017. On peut lire les mots “somos trabajadores”, “Nous sommes des travailleurs”. REUTERS/Jose Luis Gonzalez

 

 

 

[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Khan_Academy

[2] Cf. Pour plus d’informations, le site http://www.twocountriesonevoice.com/about, actif en mai 2013 et https://translate.google.be/translate?hl=fr&sl=en&u=http://twocountriesonevoice.blogspot.com/&prev=search consulté le 24 mai 2017.

[3] Selon l’AFP http://www.challenges.fr/galeries-photos/classement/20110704.CHA6172/le-nouveau-top-20-des-plus-grandes-fortunes-mondiales-selon-forbes.html

[4] http://www.bloomberg.com/news/2013-05-10/slim-taunted-by-kazoos-in-latest-protest-of-mexican-billionaire.html consulté en mai 2013.

[5] Idem.

[6] Traduction libre à partir de http://ramirezgroupe.com/tag/two-countries-one-voice/ consulté en mai 2013.

[7] Traduction libre à partir de http://wagingnonviolence.org/2013/05/is-laughing-the-mic-check-of-2013/ consulté le 20 mai 2013.

Advertisements

Crème et châtiment ! Mémoires d’un entarteur.

L’origine de la tarte, dans sa substantique crème et saveur, avec quelques extraits bien goûtus de “Crème et châtiment ! Mémoires d’un entarteur” Entretiens avec Marc Cohen, Albin Michel, 1995.

*

**

*

godin

NoëlGodin dit “Le Gloupier”

Le jeu avec le faux

Soyons précis : la toute première tarte – où, quand, comment ?

C’était nulle part : la première tarte, elle était fausse. C’était une imposture. À l’époque, 1969, dans mon pays natal, la Belgique, j’étais chargé de remplir le quart des pages d’une stupide revue cinématographique catholique de style Télérama s’appelant Amis du film et de la télévision, qui était feuilletée par toute la gente cinéphile du pays et qui s’écoulait assez bien parce qu’il n’y avait rien d’autre sur le sujet à part Ciné-Revue. Or, en soixante-huitard enragé accompli, je venais de vivre tout le mouvement des occupations sauvages à Paris, je préconisais le sabotage systématique des rôles cornichons. C’est-à-dire que dans mes tracts, mes peinturlurages sur les murs ou mes harangues publiques, je conviais avec fougue les ouvriers, les étudiants, les fonctionnaires et les autres pue-la-sueur rebutés par la débilité de leur labeur quotidien à riposter dans l’ombre. Pour que même les turbins les plus crétinisants se transforment en parties de plaisir, mes turbulents petits camarades et moi-même proposions, par exemple, que dans les usines on bloque les chaînes de montage avec des tournevis ou qu’on détraque les horloges pointeuses avec du sable épais additionné d’encre ; que dans les bureaux, on salope sournoisement les dossiers les plus précieux en en détruisant quelques pièces vitales, ou qu’on y dérègle les circuits électromagnétiques des unités cebtrales avec de la limaille de fer.

Doit-on en déduire que tu as donné l’exemple ?

                 Dans cette perspective d’appel de la critique en actes du monde du travail idiot, la moindre des choses était qu’à mon tour je sabote mon rôle de chieur d’encre. C’est pourquoi je me suis mis, au compte-gouttes d’abord, puis de façon automatique, à injecter les pires inepties dans mes diverses rubriques. Et tous ces faux de plus en plus délirants sont passés comme une lettre à la poste pendant plus de dix ans. Titulaire de la rubrique des news, les Camérages, je n’y racontais que des craques. Revenant de festivals comme Cannes, Berlin ou Pessaro, je commentais bon nombre de films qui n’existaient aucunement et que j’illustrais avec mes propres photos de famille. De plus, si j’ai interviewé plus d’une centaine de grands noms du cinéma, de Jack Lemmon à Fritz Lang, de Frank Capra à Robert Mitchum, c’est sans que l’un de ceux-ci ait jamais vu le bout de mon nez.

 Et ça marchait, tes impostures ?

                 Le plus croustillant, c’était quand mes faux étaient pris pour argent comptant par des confrères. (…) p.27

 “Duras, clap Première”

Le Godin faussaire est maintenant bien campé. Mais l’on ne comprend plus quand tu nous dis que ta première tarte était, elle aussi, une imposture.

                 Il se fait qu’au départ Georges Le Gloupier n’était qu’une des attractions parmi d’autres de mon cirque imaginaire. Ce qui le différenbciait de ses congénères, c’est que, comme André Thurdulle, l’immortel auteur de la version live de L’Arroseur arrosé, Georges Le Gloupier avait déjà tout un passé héroïque derrière lui.

Un passé qui n’était pas du tout médiatisé ?

 Ah que si, bien avant les tartes, il est question dans les gazettes de Le Gloupier. Sans d’ailleurs que je sois au courant.

Comment Le Gloupier a-t-il pu sévir sans que tu sois au courant ?

                 Grâce au tour de passe-passe de son inventeur véritable : Jean-Pierre Bouyxou. Ébouriffant historien du film de genre, du bizarre, de la révolte radicale et de la polissonerie, qui tenait le gouvernail de la meilleure revue de cul, Fascination, où il écrivait quasi tout sous une dizaine de pseudos, et à qui on doit les palpitants bouquins : La science-fiction au cinéma (10/18), L’Aventure hippie, avec Pierre Delannoy (Plon), et les grands moments de l’Encyclopédie du nu au cinéma (Yellow Now), Bouyxou avait en effet, l’art et la manière de semer un peu partout des traces juteuses de l’existence du phénoménal Le Gloupier. Et dans la multitude des publications auxquelles il a collaboré de près ou de loin entre 1960 et 1969, on en apprend de belles sur les innombrables talents de sa créature. On découvre que, cinéaste, il a réalisé Moi rien que moi, toujours moi, un saisissant film sans pellicule amenant son réalisateur, lors de chaque séance, à se poster devant l’écran, illuminé par le projecteur tournant à vide, et à s’y dévêtir entièrement en beuglant L’école est finie de Sheila. (…)

C’est avec la même déontologie que vous vous êtes souciés de l’avenir de Le Gloupier ?

Mais oui. Comme il restait envers et contre tout notre grand préféré, il fallait bien lui réserver un destin exceptionnel. Et nous l’avons mis sur une orbite pâtissière, mais d’abord fictivement.

C’est-à-dire que vous avez délibérément relaté un faux entartement ?

Oui, dans le ci-présent numéro 162 d’A.D.F de novembre 1969, on lit qu’à l’issue d’une projection d’Une femme douce, qui l’a particulièrement énervé pour des raisons avant tout d’ordre chromatique, Georges Le Gloupier s’est rendu au domicile privé de Robert Bresson qui lui a ouvert la porte en personnes. « Mal lui en prit, souligne l’articulet, car après lui avoir exposé ce qu’il reprochait à son film, Le Gloupier déballa le paquet qu’il transportait, à savoir une superbe tarte à la crème de style Mack Sennett. Le réalisateur l’a reçue en pleine figure sans avoir le temps de réagir. »

Je crois que ce premier faux entartement en appelle un second. La victime ?

Moi-même. L’auteur du forfait : Marguerite Duras.

L’entarteur entarté ! Quelques explications s’imposent.

Je cite l’Ami du film n°163, et à la page des Camérages, je lis : « La tarte à la crème va-t-elle devenir la nouvelle lubie des intellectuels parisiens ? Toujours est-il que Marguerite Duras, qui admire beaucoup Robert Bresson, n’a pu supporter  l’affront crémeux qui a été fait au cinéaste (voir A.D.F. n° 162). Aussi, lorsqu’elle a appris que l’agresseur du metteur en scène de Pickpocket, Georges Le Gloupier, était attablé dans un grand restaurant de Saint-Germain-des-Prés, la romancière n’a fait ni une ni deux. Elle a surgi dans l’établissement, a déballé méthodiquement une tarte à la crème au kirsch et l’a flanquée avec grâce au visage du savant. Esquissant un sourire grinçant, ce dernier, d’un ton des plus courtois, a alors répliqué à la femme de lettres : « Madame, je préfère votre pâtisserie à votre littérature. » Ces lignes viennent à peine de paraître quand nous apprenons l’arrivée toute proche de Marguerite Duras en Belgique. Quelques Oud Zottegem aidant – c’est notre bière explosive de chevet –, et la conspiration gloupinesque se met en branle. Nous décidons que le prochain épisode de notre feuilleton mystificatoire se déroulera dans le réel.

C’est très pervers. C’est donc pour te venger d’une agression que tu lui as fait commettre fictivement, et dont Marguerite Duras ignore tout, que tu la barbouilles de crème fraîche ?

Oui. Nous trouvions cette franche injustice hautement poilante. D’autant plus que les médias en remettaient. À la une des quotidiens belges, mais aussi dans les pages culturelles du Parisien libéré, on lisait que c’était en guise de représailles contre son entarteuse de Saint-Germain-des-Prés que Le Gloupier avait sorti son artillerie. Marguerite Duras, pour lors, n’était plus une victime, c’était aussi une suspecte. On l’a suspectée d’avoir déclenché une guerre pâtissière dont elle finit par faire les frais. En s’escrimant à démêler cet écheveau, les radios et les journaux en arrivaient même à soupçonner Robert Bresson de n’avoir pas un rôle innocent dans cette histoire. Et notre bonheur a atteint son summum quand on a appris que la romancière avait organisé une conférence de presse à Paris pour y jurer qu’avant qu’il ne lui tombe dessus, elle ne s’était jamais frottée à ce monsieur Le Gloutier, avec un t, c’est ainsi que son nom était retranscrit en France.

Vous aviez envoyé aux médias français une photocopie des articles sur vos faux entartements ?

Même pas, il a suffi qu’on joue un peu du téléphone pour que la fable soit prise au pied de la lettre. Comme quoi, pourvu qu’on fasse cadeau aux pisse-copies d’un événement scabreux, une tarte sur une tronche célèbre, on peut ensuite leur faire gober n’importe quoi. Une fois qu’on s’est un tant soit peu crédibilisé à leurs yeux, les journalistes ne sont plus que des caisses enregistreuses.

“Fondements théoriques de l’attentat pâtissier”

Mais quelle conception de l’art défends-tu ?

Le seul art que j’entends préconiser, c’est l’art de vivre comme ça nous boume illico, et sans frein aucun, dans un combat à mort contre tout ce qui tend à nous en empêcher. L’art donc de savoir tirer l’épée pour le déverrouillage des désirs, les nôtres et ceux des autres bipèdes ne tolérant plus le moindre joug, que les autres crèvent leur pneus ! C’est sa vie quotidienne à soi qu’il faut réinventer sans délai, dans l’imagination, le plaisir et l’audace, à partir de nos inclinations passionnelles réelles. On n’a d’ailleurs pas le choix : ou bien on reste une pitoyable larve crapotant dans les problèmes de cœur, de cul, de fric et de reconnaissance sociale. Ou bien on s’ingénie coûte que coûte à mettre sa vie en aventure, à la rendre de plus en plus ludique, de plus en plus pimentée, de plus en plus pyromanesque, à en faire une œuvre d’art suprêmement ironique et choquante, à la composer comme une symphonie outrageusement fantastique.

Comment concilies-tu ta détermination à plonger dans l’aventure avec ta propre passion pour les vieux films et les livres d’aventures qui te mobilisent tellement de temps et d’énergie ?

C’est là une de mes plus farouches  contradictions, jambon à cornes ! Je suis un abominable cinémaniaque, je n’ai surtout pas dit cinéphile, et un épouvantable bibliomane, qui passe donc beaucoup de temps à visionner et à bouquiner dans l’exaltation la plus luxurieuse. Heureusement pour moi, j’ai été mis en alarme. Certainement pas par les pauvres corniauds gauchistes qui claironnaient : « Quand on aime la vie, on ne va pas au cinéma. » Car, pendant que ces forts en gueule-là tournaient en rond dans leur rancœur de façon souvent fort misérabiliste, j’étais en train, moi, dans les salles noires, de tailler en pièces des esclavagistes avec l’équipage du Capitaine Blood, de piller des troncs d’église au côté du Drôle de paroissien Bourvil et de prendre dans mes bras protecteurs Nathalie Wood et la Fiancée du pirate.

*

**

*

L’entartement de Bill Gates

(source wikipedia)

Le 28 janvier 1998, Noël Godin reçoit chez lui une enveloppe dans laquelle se trouve un message l’informant que Bill Gates sera à Bruxelles le 4 février et que « si le coup vous intéresse on peut vous aider ». Godin rencontre son informateur, qui s’avère être un employé de Microsoft Belgique et qui lui remet un horaire détaillé et le trajet qu’empruntera Bill Gates. Afin d’être au courant des derniers ajustements dans l’horaire de Gates, un des complices de Godin se fait passer pour un journaliste désirant effectuer un documentaire Vingt-quatre Heures avec Bill Gates ; il pourra ainsi suivre ce dernier toute la journée de sa visite qui sera finalement le 5 février. Godin et sa bande prévoient d’entarter Gates quand il donnera une conférence de presse à l’hôtel Méridien ; l’informateur de chez Microsoft leur a donné des laissez-passer. Le rendez-vous sera manqué car Gates se présente sur place seize minutes à l’avance. Godin et sa bande décident de mettre en branle leur plan numéro 2. Ils se rendent à un petit bar près du Concert Noble de Bruxelles où Gates doit se présenter plus tard dans la journée ; Godin se trouve dans une rue avoisinante pour ne pas attirer l’attention. Vers l’heure prévue, ils se rassemblent en face du Concert Noble en plusieurs petits groupes de trois entarteurs. Finalement, ils entendent les sirènes du convoi s’approcher ; puis Gates sort de sa limousine. Au moment où il s’apprête à entrer dans l’édifice, les entarteurs se ruent vers Gates qui est entarté trois fois. Ce dernier cherche ensuite à s’abriter dans l’édifice mais à ce moment un quatrième entarteur, le cinéaste Rémy Belvaux, envoie une quatrième tarte à la figure de Gates. Les autres entarteurs s’exclament : « Entartons, entartons le polluant pognon! »

Entartement de Bill Gates en couverture du magazine Fire! Janvier 1998 (Archivée par le consciencieux et malicieux petit canari).

Entartement de Bill Gates en couverture du magazine Fire! Janvier 1998 (Archivée par le consciencieux et malicieux petit canari).

L’entartement de Bill Gates est le plus médiatisé et fait la une de la presse dans le monde entier, mais le plus surprenant n’est-il pas qu’il fait la couverture d’un magazine méconnu du grand public, le magazine “Fire !”, spécialisé dans les armes à feu et la “PR” (pour Protection Rapprochée) ? De fait, c’est une journée noire et terne pour ce monde-là puisque la protection rapprochée (les gardes du corps) d’une des plus grandes fortunes du monde en a oublié son instruction la plus élémentaire : protéger son ultime élu, la cible des assauts, plutôt que de se jeter sur ses assaillants !

*

**

*

L’entartement de BHL

Bernard Henri Lévy sera victime de six entartages consécutifs des complices du Gloupier ! Ce ne sont pas les entartages les plus médiatisés, mais certainement les plus populaires, eu égard aux réactions houleuses de leur victime, BHL, et à son incapacité profonde à s’adapter aux situations patissières avec quelque humour ou la moindre détente. Le commentaire de l’humoriste Pierre Desproges est très explicite quant au grand écart qu’il est parfois difficile de tenir entre l’homme de lettre qu’on brille à être face aux caméras, et les invectives grossières qui ne demandent qu’à se répandre laxativement à la moindre petite ébouriffade !

http://www.youtube.com/watch?v=F36OXrrO3Fc

Si vous aviez encore quelques doutes sur les motivations de Noël et ses complices à jeter leur dévolu sur cet être qui n’a peut-être du philosophe que la coupe de cheveux, voici une vidéo de présentation très instructive sur le bonhomme :

http://www.youtube.com/watch?v=slEco8FQOnI